Un passé longtemps enfoui refait surface à Lyon
Difficile d’imaginer aujourd’hui que le parc de la Tête d’Or, poumon vert adoré des Lyonnais, ait accueilli il y a plus d’un siècle des “expositions ethnographiques” mettant en scène des hommes, des femmes et des enfants venus des colonies françaises. Et pourtant, lors des expositions universelles de 1894 et 1914 à Lyon, ces véritables “zoos humains” attiraient les foules au cœur même de la ville.
À l’époque, ces exhibitions coloniales étaient présentées comme des attractions populaires. Des villages reconstitués, des mises en scène caricaturales et des populations exposées comme des curiosités humaines… Une réalité brutale qui témoigne aujourd’hui des dérives colonialistes de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Oui, Lyon aussi possède ses fantômes historiques, et ils ne se cachent pas seulement dans les traboules.
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Un monument commémoratif bientôt installé au parc de la Tête d’Or
Face à cette mémoire douloureuse, le maire de Lyon Grégory Doucet a annoncé la création d’un “objet commémoratif” avant la fin du mandat municipal. L’objectif affiché : rendre visible cette histoire dans l’espace public et rappeler que ces représentations ont contribué à construire des stéréotypes racistes encore présents aujourd’hui.

© Archives municipales
Pour l’instant, la forme exacte du projet reste à définir. Plaque, stèle, sculpture ou parcours mémoriel interactif : plusieurs pistes sont envisagées. La Ville souhaite travailler avec des associations engagées sur le sujet, notamment Africa 50, collectif qui milite depuis des années pour la reconnaissance de cette mémoire coloniale à Lyon.
Une mémoire qui divise mais qu’on ne peut plus ignorer
Cette annonce relance aussi un débat plus large sur la manière dont les villes françaises regardent leur passé colonial. Car derrière ce futur monument, il y a une volonté claire : ne plus laisser certaines pages de l’histoire disparaître sous le tapis. Le collectif Africa 50 évoquait déjà depuis longtemps l’idée d’un parcours virtuel avec QR codes ou d’une œuvre forte capable d’interpeller les promeneurs du parc. Entre devoir de mémoire, transmission historique et réflexion sur le racisme contemporain, Lyon ouvre ici un chantier sensible mais essentiel. Et dans une ville où chaque pierre raconte une histoire, certaines méritent peut-être enfin d’être racontées à voix haute.
Source : Tribune de Lyon
