À Lille, certaines réalités se cachent à quelques rues seulement des quartiers que l’on traverse tous les jours. Friches, terrains enclavés, caravanes ou cabanes de fortune : alors que les températures commencent à chuter, la question des bidonvilles reste loin d’avoir disparu de la métropole.
Près de 1 000 personnes vivent encore en habitat précaire
Les derniers chiffres disponibles donnent une idée de l’ampleur du phénomène : environ un millier de personnes vivent dans des bidonvilles ou des squats dans l’agglomération lilloise. Une situation qui perdure depuis plusieurs années. En juin 2024, la Fondation pour le logement des défavorisés estimait déjà leur nombre à environ 980. Et derrière les statistiques, on trouve notamment des familles avec enfants. À Fives, une trentaine de personnes occupaient encore cet été un terrain situé rue Guillaume-Werniers. Rue de la Bassée, plusieurs familles sont également installées depuis décembre 2025 sur la friche de l’ancien collège Madame-de-Staël.
L’accès à l’eau reste l’un des gros points noirs
Se laver, boire, cuisiner ou simplement aller chercher de l’eau : dans certains habitats précaires, ces gestes quotidiens peuvent devenir un véritable parcours. Un état des lieux réalisé par Solidarités International sur la métropole lilloise a documenté une forte précarité dans l’accès à l’eau. En juillet 2024, seuls 5 sites sur les 23 recensés disposaient d’un accès à l’eau. Sur certains lieux non raccordés, les habitants doivent parcourir plusieurs centaines de mètres, parfois plusieurs fois par jour, avec des bouteilles, bidons, caddies ou poussettes pour transporter l’eau nécessaire à leur famille. La situation n’est toutefois pas identique partout. Rue de la Bassée, par exemple, la Ville de Lille a installé un accès à l’eau et à l’électricité ainsi qu’un système de collecte des déchets.
Des expulsions qui déplacent parfois le problème
La situation est d’autant plus complexe que les évacuations ne signifient pas toujours la disparition des campements. Selon la Fondation pour le logement, 32 expulsions avaient été recensées dans la métropole, avec des solutions d’hébergement très limitées pour les personnes concernées. Sur 85 personnes expulsées lors de deux opérations citées par l’organisme, seules huit avaient pu être hébergées. Certaines familles se retrouvent alors à reconstruire quelques kilomètres plus loin. C’est justement ce que la Ville de Lille affirme aujourd’hui vouloir éviter. Concernant plusieurs campements récents, la municipalité défend désormais le principe de ne pas procéder à une évacuation sans tenter de trouver auparavant une solution de relocalisation.
Trouver une solution avant l’hiver
À Fives, la Ville indiquait cet été être en discussion avec les services de l’État pour trouver une solution d’habitat intermédiaire avant toute éventuelle expulsion. Rue de la Bassée, où un commandement de quitter les lieux avait été déposé fin août, la municipalité affirmait également en septembre vouloir accompagner l’évacuation de propositions d’hébergement et de suivi social, notamment pour éviter de couper la scolarisation des enfants. Car derrière la question des campements se joue aussi celle de leur résorption sur le long terme. Et avec novembre désormais installé, une échéance beaucoup plus immédiate se rapproche : celle des premières nuits vraiment froides.
Les chiffres à retenir
Environ 1 000 personnes vivent en bidonville ou en squat dans l’agglomération lilloise selon les dernières estimations disponibles
980 personnes étaient recensées en bidonville en 2023-2024
5 sites sur 23 disposaient d’un accès à l’eau en juillet 2024
Une trentaine de personnes étaient encore installées sur le campement de Fives cet été 2026
Des familles sont également présentes rue de la Bassée à Lille
Des discussions sont engagées autour de solutions d’hébergement ou d’habitat intermédiaire
Sources : Fondation pour le logement des défavorisés, Solidarités International, Ville de Lille, La Voix du Nord
