À Bordeaux, il suffit d’écouter une conversation dans la rue pour l’entendre surgir toutes les deux phrases. “Gavé bien”, “gavé chaud”, “gavé loin” : longtemps cantonné au Sud-Ouest, le mot “gavé” vient désormais d’obtenir sa place dans Le Petit Robert. Une consécration linguistique pour cette expression devenue une véritable signature locale.
Gavé enfin reconnu par Le Petit Robert
Dans la capitale girondine, “gavé” est partout. Utilisé comme un intensifieur, il remplace souvent “très” ou “trop” dans les conversations du quotidien. Un automatisme presque inconscient pour de nombreux Bordelais. Le mot traverse les générations et s’est imposé comme l’un des symboles du parler bordelais, au même titre que la fameuse “chocolatine” ou certaines expressions locales comme “être bénaise”.
Quand une expression régionale s'exporte
Pour le linguiste Mathieu Avanzi, interrogé par France 3 Nouvelle-Aquitaine, cette entrée dans le dictionnaire raconte surtout l’évolution naturelle de la langue française. “À l’origine, ‘gavé’ vient bien du verbe ‘gaver’, dans le sens d’avoir trop mangé”, explique le spécialiste de l’Université de Neuchâtel. “Puis, dans les années 80 et 90, le mot est devenu un adverbe utilisé pour amplifier une idée ou une émotion.”
D’abord très ancré à Bordeaux et dans le Sud-Ouest, le terme s’est progressivement diffusé ailleurs en France, porté notamment par les jeunes générations. Le chercheur parle même d’une “dérégionalisation” du mot.
Une reconnaissance officielle du français régional
L’entrée de “gavé” dans Le Petit Robert ne relève pas du simple clin d’œil folklorique. Comme le rappelle Mathieu Avanzi, les dictionnaires intègrent avant tout les mots selon leur fréquence d’usage. “Quand un mot est utilisé quotidiennement par des milliers de personnes, il devient légitime”, résume le linguiste. Et ça c'est gavé important de s'en rappeler...
